Vous allez me trouver un brin condescendante, mais c'est un peu normal vu les efforts cervicaux que je dois fournir pour me mettre à votre hauteur, chers lecteurs, mais franchement, je trouve la réputation de Jerry Lewis totalement usurpée. Je n'avais jamais vu de films de ses débuts mais, dans Artists and Models, il fait vraiment passer son héritier Jim Carrey pour un clone de Laurence Olivier. Je veux bien que dans les fifties, on se soit contenté de quelques mimiques simiesques (les singes ne m'ont jamais fait rire non plus, remarquez, et c'est pas faute d'avoir grandi au milieu d'eux) et effets de voix pour se remettre à rire après les horreurs des forties mais quand même, je préfère un bon Laurel & Hardy à ces gesticulades hyperactives et outrancières.
Je me considère plutôt bon public, même si vous aurez eu l'occasion de remarquer que j'ai parfois beaucoup de mal à faire la part des choses entre ce qui se passe sur l'écran et ce qui a pu m'arriver dans la savane... mais ne sommes-nous pas tous semblables ? C'est pourquoi j'ai été profondément agacée par le constant recours au strabisme de Mr. Lewis pour ponctuer toutes ses répliques ou répondre à ses partenaires. Oui, s'il y a une chose qui m'agace, moi qui suis pourtant célèbre parmi mes consœurs girafes pour ma mansuétude et ma sérénité (ce qui m'a valu le surnom par ma cousine Zamzoula du zoo de Pékin de "lama céleste de la bonté" - oui, à force d'être entourée de pandas et de tigres, ma cousine pense que nous sommes des camélidés patagoniens, elle a toujours été un peu simplette), s'il y a une chose qui m'agace c'est qu'on se moque des gens qui, comme moi, louchent. C'est suffisamment difficile à vivre au quotidien et j'en ai entendu dans ma courte vie, même si les humains me laissent en paix de ce côté-là, la hauteur me permettant de cacher cette infirmité. Alors, je n'ai pas ri. Je me suis énervée sur mon siège, j'ai raflé la moquette des quatre sabots et ce n'est pas la voix sirupeuse de Dino Paul Crocetti, alias Dean Martin, qui m'a détendue. Je ne suis pas très crooner non plus, désolée. Et puis, entre nous, toute cette histoire est cousue de fil blanc, comme la grenouillère jaune de Shirley McLaine, et je doute que les scénaristes se seraient permis des blagues sur Vincent the Vulture s'ils avaient grandi sous la perpétuelle menace de vautours charognards à la porte de leur chambre ! Je n'en ai pas fermé l’œil de la nuit !
(girafe média : bouh !)
mercredi 19 février 2014
dimanche 16 février 2014
get carter (la loi du milieu)
"Do you want to be dead, Albert ?" Voilà une phrase qui fait sourire à condition de réunir les trois conditions suivantes :
1. Vous ne vous appelez pas Albert
2. La personne qui vous la dit n'est pas armée (il pourrait se tromper de prénom)
3. Elle est prononcée par Michael Caine dans "Get Carter"
Aaaaah, Michael Caine...
Oui, je vous l'avoue, chers lecteurs, s'il y a un homme qui me fait de l'effet, qui me rend toute chose et qui pourrait me faire penser à fonder une famille avec un humain, c'est bien lui : Sir Michael Caine, même si sa reine ne l'a pas encore anobli, pour moi, c'est le seigneur du cinéma, la grande classe incarnée, le sex-appeal au masculin, bref l'homme idéal. Enfin pour être mon homme idéal, il lui manque quand même 2,50m au niveau de l'encolure, mais bon... Et dans Get Carter, Sir Michael crève l'écran, à chaque image. Nu comme un ver et armé ou courant à toutes jambes dans son imper dans la grisaille bétonnée de Newcastle, il est Carter, ce gangster impeccable, venu venger la mort de son frère sur les lieux de sa jeunesse. Et il ne faillit pas face à toutes ces trognes du milieu provincial anglais, plus hostiles les unes que les autres, à l'accent à couper au couteau (ce qu'il finit par infliger au brave Albert qui n'est pas bien clair dans sa réponse à la question sus-citée). Voilà un film qui inaugure merveilleusement cette décennie bénie du cinéma, avec ses poursuites, ses personnages sans scrupules et ses bandes-son qui vous hérissent la crinière de bonheur. Les admirateurs de Michael Caine retrouveront avec délice sa mimique de souffrance cruelle, quand il achève un ennemi, en retroussant ses narines et en serrant toutes ses dents, les paupières à demi baissées, et la mèche normalement impeccable, soulevée par le vent, non, vraiment, quelle prestance ! Et pour ceux que le jeu de Michael Caine insupporterait (mais comment est-ce possible ?), il y a Britt Ekland, l'ex-Madame Sellers, dans un petit rôle qui confirme l'adage célèbre "Un film avec Britt Ekland ne peut pas être complètement mauvais".
(girafe média : des images peuvent heurter, girafons sensibles s'abstenir)
1. Vous ne vous appelez pas Albert
2. La personne qui vous la dit n'est pas armée (il pourrait se tromper de prénom)
3. Elle est prononcée par Michael Caine dans "Get Carter"
Aaaaah, Michael Caine...
Oui, je vous l'avoue, chers lecteurs, s'il y a un homme qui me fait de l'effet, qui me rend toute chose et qui pourrait me faire penser à fonder une famille avec un humain, c'est bien lui : Sir Michael Caine, même si sa reine ne l'a pas encore anobli, pour moi, c'est le seigneur du cinéma, la grande classe incarnée, le sex-appeal au masculin, bref l'homme idéal. Enfin pour être mon homme idéal, il lui manque quand même 2,50m au niveau de l'encolure, mais bon... Et dans Get Carter, Sir Michael crève l'écran, à chaque image. Nu comme un ver et armé ou courant à toutes jambes dans son imper dans la grisaille bétonnée de Newcastle, il est Carter, ce gangster impeccable, venu venger la mort de son frère sur les lieux de sa jeunesse. Et il ne faillit pas face à toutes ces trognes du milieu provincial anglais, plus hostiles les unes que les autres, à l'accent à couper au couteau (ce qu'il finit par infliger au brave Albert qui n'est pas bien clair dans sa réponse à la question sus-citée). Voilà un film qui inaugure merveilleusement cette décennie bénie du cinéma, avec ses poursuites, ses personnages sans scrupules et ses bandes-son qui vous hérissent la crinière de bonheur. Les admirateurs de Michael Caine retrouveront avec délice sa mimique de souffrance cruelle, quand il achève un ennemi, en retroussant ses narines et en serrant toutes ses dents, les paupières à demi baissées, et la mèche normalement impeccable, soulevée par le vent, non, vraiment, quelle prestance ! Et pour ceux que le jeu de Michael Caine insupporterait (mais comment est-ce possible ?), il y a Britt Ekland, l'ex-Madame Sellers, dans un petit rôle qui confirme l'adage célèbre "Un film avec Britt Ekland ne peut pas être complètement mauvais".
(girafe média : des images peuvent heurter, girafons sensibles s'abstenir)
mardi 11 février 2014
nous sommes tous des girafons danois (tribune)
Je n'avais pas pour objectif d'utiliser ce blog à des fins politiques mais l'heure est grave.
Marius, girafon danois du zoo de Copenhague, autant dire mon petit frère si je n'étais pas fille unique, a été euthanasié en public et jeté comme un vieux BN aux lions devant les caméras, sous prétexte que son patrimoine génétique n'était pas intéressant.
Eh bien, Marius, camarade, tu ne seras pas mort pour rien !
Sache que ta sœur Papouloula, du fin fond de sa pluvieuse retraite, pense à toi et pleure ton assassinat.
Et je prends mes lecteurs à témoin : jamais plus je n'irai voir ni ne chroniquerai un film du danois Lars Von Trier, complice par son silence de ce massacre. Ravalez vos Smørrebrød dégoulinants, Monsieur Von Trier, en espérant qu'ils aient un vieux relent de viande de girafe, et étouffez-vous avec.
RIP Marius. Neck Power!
Marius, girafon danois du zoo de Copenhague, autant dire mon petit frère si je n'étais pas fille unique, a été euthanasié en public et jeté comme un vieux BN aux lions devant les caméras, sous prétexte que son patrimoine génétique n'était pas intéressant.
Eh bien, Marius, camarade, tu ne seras pas mort pour rien !
Sache que ta sœur Papouloula, du fin fond de sa pluvieuse retraite, pense à toi et pleure ton assassinat.
Et je prends mes lecteurs à témoin : jamais plus je n'irai voir ni ne chroniquerai un film du danois Lars Von Trier, complice par son silence de ce massacre. Ravalez vos Smørrebrød dégoulinants, Monsieur Von Trier, en espérant qu'ils aient un vieux relent de viande de girafe, et étouffez-vous avec.
RIP Marius. Neck Power!
jeudi 6 février 2014
manhattan (pareil)
"Dans les rues de Central Park, y a des noirs portoricains..."
Pas moyen de me sortir la chanson d'Yves Simon en attendant la séance de Manhattan, dans une salle archicomble. Yves Simon, pour mes lecteurs nés après 1985, est un auteur-compositeur-interprète et écrivain français connu notamment pour ce vers : "Maman on va cueillir des pâquerettes au pays des merveilles de Juliet, nanananananananana nananananananana". Oui, j'aime aussi la chanson française. Mais ce soir, c'est la musique de Gershwin qui restera ce que j'ai préféré de ce film de Woody Allen, je crois que vous aurez compris que je suis une girafe mélomane. Certes, il y a les images noir et blanc et la très belle photo de Gordon Willis mais franchement, entre nous, le gars Woody ne s'est pas trop foulé... Il y a bien sûr quelques dialogues savoureux, aux punchlines mortelles, comme disent les girafons d'aujourd'hui, mais bon ça se regarde le nombril et ça ronronne un peu le pattes d'eph et la permanente. Vous sentez poindre l'amertume sous le voile tacheté de la déception ? J'attendais mieux de Woody, car l'audace de ses premiers films rendaient l’œuvre d'Allen fraiche, contrairement au souffle un peu chargé de ce film, qui, pourtant ne manque pas de bonnes idées scénaristiques. Mais il m'a manqué le côté sulfureux de l'histoire d'amour de Gene Wilder et Daisy (dans Everything you always wanted to know about sex... but were afraid to ask), par exemple, qui reste pour moi un sommet de sa création. Mais je manque forcément d'objectivité, rêvant moi-même de séduire enfin un jour un humain qui n'ait pas peur de passer son bras autour de mon cou... Et voilà que j'entends les trois dames de l'avant-dernier rang, qui n'ont pas remarqué l'ombre longiligne au-dessus de leurs têtes grisonnantes, s'indigner des dérives morales soulignées dans le film : un couple lesbien qui élève un enfant, un homme mûr qui séduit une adolescente... hé les filles, on se détend, on n'est plus en septante-neuf, que diable... Je ressors du Cinématographe un peu chafouine (et fâchée également de la piètre qualité de la copie) et me jette sur mon tupperware de feuilles d'eucalyptus en fredonnant :
"J'ai rêvé New York, j'ai rêvé New York j'ai rêvé New York
New York City sur Hudson".
(girafe média : peut mieux faire)
Pas moyen de me sortir la chanson d'Yves Simon en attendant la séance de Manhattan, dans une salle archicomble. Yves Simon, pour mes lecteurs nés après 1985, est un auteur-compositeur-interprète et écrivain français connu notamment pour ce vers : "Maman on va cueillir des pâquerettes au pays des merveilles de Juliet, nanananananananana nananananananana". Oui, j'aime aussi la chanson française. Mais ce soir, c'est la musique de Gershwin qui restera ce que j'ai préféré de ce film de Woody Allen, je crois que vous aurez compris que je suis une girafe mélomane. Certes, il y a les images noir et blanc et la très belle photo de Gordon Willis mais franchement, entre nous, le gars Woody ne s'est pas trop foulé... Il y a bien sûr quelques dialogues savoureux, aux punchlines mortelles, comme disent les girafons d'aujourd'hui, mais bon ça se regarde le nombril et ça ronronne un peu le pattes d'eph et la permanente. Vous sentez poindre l'amertume sous le voile tacheté de la déception ? J'attendais mieux de Woody, car l'audace de ses premiers films rendaient l’œuvre d'Allen fraiche, contrairement au souffle un peu chargé de ce film, qui, pourtant ne manque pas de bonnes idées scénaristiques. Mais il m'a manqué le côté sulfureux de l'histoire d'amour de Gene Wilder et Daisy (dans Everything you always wanted to know about sex... but were afraid to ask), par exemple, qui reste pour moi un sommet de sa création. Mais je manque forcément d'objectivité, rêvant moi-même de séduire enfin un jour un humain qui n'ait pas peur de passer son bras autour de mon cou... Et voilà que j'entends les trois dames de l'avant-dernier rang, qui n'ont pas remarqué l'ombre longiligne au-dessus de leurs têtes grisonnantes, s'indigner des dérives morales soulignées dans le film : un couple lesbien qui élève un enfant, un homme mûr qui séduit une adolescente... hé les filles, on se détend, on n'est plus en septante-neuf, que diable... Je ressors du Cinématographe un peu chafouine (et fâchée également de la piètre qualité de la copie) et me jette sur mon tupperware de feuilles d'eucalyptus en fredonnant :
"J'ai rêvé New York, j'ai rêvé New York j'ai rêvé New York
New York City sur Hudson".
(girafe média : peut mieux faire)
dimanche 2 février 2014
citizen kane (pareil)
N'allez pas croire, chers lecteurs, que mon inculture est aussi crasse que ça. J'avais déjà vu, dans ma jeunesse, le monument du grand Orson, film mégalomane sur un mégalomane, écrit, réalisé et interprété par un mégalomane, mais qui fait toujours son petit effet. Il se trouve que, de toute l'intrigue, la seule chose dont je me souvenais était la clé, le mystère des derniers mots du héros "Rosebud". Cette réplique culte - souvent injustement attribuée à Terence Hill répondant à son acolyte attitré, qui lui demandait la couleur de la panthère rose de Blake Edwards - m'avait marquée à l'époque de ma première rencontre avec le film et du coup, dès les premières images, je n'étais plus esclave du suspense voulu par M. Welles et pouvais donc me concentrer pleinement sur les mouvements et les angles de caméra, toujours audacieux, ainsi que le montage et l'enchainement des plans. Y a pas à dire, même à ses débuts, il savait s'y prendre le gaillard. Et j'ai eu plaisir à voir qu'en 1941, il obtenait de meilleurs résultats de ses maquilleurs que la plupart des réalisateurs hollywoodiens d'aujourd'hui, toujours très mauvais quand il s'agit de faire vieillir le personnage principal avec le même comédien. D'ailleurs ce compliment n'est valable que pour Orson, car ses partenaires devaient sûrement, par contrat, lui céder la primeur en loge maquillage, tant le talc est visible dans leurs cheveux ou le trait de crayon censé marqué les rides est grossier. Mais je garde tout de même une tendresse particulière pour ce film, qui a le mérite de mettre en scène deux de mes semblables, que l'on entrevoit dans le jardin de la propriété Xanadu, girafes prêtées par le zoo de Los Angeles et qui ont fini boursouflées par les excès d'alcool et de barbituriques, comme quoi nous sommes une population fragile et avec une grande difficulté à gérer la célébrité. Il est intéressant de noter la passion d'Orson Welles si tôt pour les girafes, puisque, plus tard dans le film, son épouse confond une ombre chinoise de coq avec l'animal qui vous parle, quand on connait, comme vous maintenant, l'importance de ma lignée dans la carrière de ce cinéaste (voir ma chronique de touch of evil). Nul doute que nous aurions fait partie de l'arche d'Orson, si celui-ci avait dû affronter un déluge. Tiens, justement en parlant de luge...
(girafe média : excellente prestation de Belinda (1931-1950) et Zulma (1927-1948) au bout de 7mn - tout public)
(girafe média : excellente prestation de Belinda (1931-1950) et Zulma (1927-1948) au bout de 7mn - tout public)
vendredi 31 janvier 2014
the apartment (la garçonnière)
Je ne voudrais pas que, à ce stade de cet exercice cathartique, vous soyez, mes chers lecteurs, tentés par un jugement hâtif et facile, raccourci intolérable pour celle qui a fait de sa longueur son atout principal. Je ne doute pas que vous donniez raison à mon analyste breton déjà cité qui me reproche ma tendance névrotique à la paranoïa, mais il faut bien reconnaître que l'accumulation des faits est confondante. C'est le cœur léger et les taches alertes que j'allais hier soir me divertir devant un vieux Billy Wilder, qui m'avait tant fait rire avec son "One Two Three". Sans vouloir accuser qui que ce soit, je me dois de constater que la programmation du Cinématographe insiste lourdement depuis quelques films sur certains passages, souvent douloureux, de ma biographie. Sans doute que la présence systématique d'un mammifère de 5,50m perturbe quelque peu le calme des projections, mais de là à me persécuter... Oui, je sais, le Dr. Le Goaper me le répète sans arrêt, je ne devrais pas tout ramener à ma grande personne, mais jugez plutôt. Dans The Apartment, Jack Lemmon, alias CC Baxter - pathétique dans sa tentative d'imiter les mimiques de Jim Carrey - sauve du suicide Shirley McLaine, alias Fran Kubelik, qui avale tout son flacon de somnifères alors qu'elle se trouve dans l'appartement de Baxter. S'en suit une scène interminable de sauvetage par le voisin de Baxter, médecin de son état, qui effectue un lavage d'estomac à la jeune femme, dont aucun détail sonore ne nous est épargné. Coïncidence sur le désespoir d'une jeune femme bafouée dans une métropole occidentale, me direz-vous... moi j'y vois un clin d'oeil démoniaque à mon triste destin. Il m'est arrivé, dans un passé proche sur lequel je ne souhaite pas revenir, car j'ai ma petite pudeur à parler de moi, contrairement à ce que vous pensez peut-être, d'avaler tout une cartouche de tubes de Valium (environ 4000 comprimés) et mon compagnon d'alors, directement responsable de ma condition déplorable, mais dont je tairai ici le nom, pour ne pas nuire à sa réputation (il se reconnaitra aisément, et c'est justice), a dû me pomper le contenu des quatre parties de l'estomac avec un aspirateur, et croyez-moi, le temps que ça remonte jusqu'en haut, il faut y mettre de l'énergie... Bref, il y a certains épisodes douloureux qu'on n'a pas tellement envie de voir portés à l'écran et j'en veux beaucoup à M. Wilder d'avoir insisté sur cet aspect de l'intrigue. Même si je comprends la tentation du sordide et du voyeurisme pour servir de viles arrières-pensées et décrocher un Oscar... Et merci de rallonger un peu plus la durée de ma thérapie...
(girafe média : non !)
(girafe média : non !)
west side story (pareil)
La salle du Cinématographe est comble. Beaucoup de petites filles déposées le temps des 2h32 par leurs parents et une seule girafe, votre serviteuse, fidèle du dernier rang. Je vous passe les exclamations admiratives et interpellations de ces enfants à mon attention, certains poussant même la curiosité à venir me caresser la nuque. Les clichés animaliers ont la peau dure, tout comme nous, et les humains se croient toujours obligés de nous peigner quand ils nous rencontrent... Alors qu'ils feraient mieux de surveiller ce que regarde leur progéniture dans les salles obscures, car enfin, soyons raisonnables. Certes, il y a la musique de Bernstein qui me flanque la chair de poule tout le long du cou, et les robes colorées, mais le reste n'est que vengeance, luxure et apologie de la violence urbaine. Ce genre de choses ne passerait pas chez nous, girafes ô combien pacifiques. Oui, je sais, il y a l'amour de Maria, Maria, Mariiiiiiiiiiiiiaaaaaaa pour le jeune minet Tony, et je me suis prise moi-même dans ma jeunesse, à l'âge où l'on ne connait pas le danger, à vouloir conter fleurette à un jeune lionceau au regard troublant (son père avait doublé Clarence dans Daktari) et mon cœur a maintes fois chaviré à la vue de son corps musculeux dans la savane, encore frêle mais déjà intimidant. J'ignorais tout de ce qui nous sépare de sa famille depuis des siècles, je ne pouvais pas deviner que la nature, dans sa cruauté, nous avait faits ennemis héréditaires. Je l'aimais moi ce Jeffrey. Oui, il s'appelait Jeffrey et était végétarien, ce qui écartait tout risque pour ma santé. Ah, Jeffrey... Il chantait dans la savane "I've just met a giraffe named Papouloula, And suddenly that name will never be the same to meee"...
Oui, Jeffrey, non content d'être lion et végétarien, ce qui lui valait des remarques assez humiliantes de ses comparses félins, était aussi anglophone et mélomane. Vous auriez vu sa gueule béante quand il chantait et me jurait son amour, tout en prenant ma défense contre ses camarades qui voulaient faire de moi leur goûter. Pas besoin d'être Shakespeare ou Jerome Robbins pour savoir que ça allait mal finir. Nous étions jeunes et nous nous jurions de parcourir le monde, en nous nourrissant de feuilles et d'eau fraiche... rien que d'y repenser, j'en suis toute retournée. Jusqu'au soir où un de mes camarades de classe Dimitri, girafon belliqueux fracassa le crâne de Jeffrey d'une ruade, me privant à jamais de cet amour unique et impossible.
Oui, Jeffrey, non content d'être lion et végétarien, ce qui lui valait des remarques assez humiliantes de ses comparses félins, était aussi anglophone et mélomane. Vous auriez vu sa gueule béante quand il chantait et me jurait son amour, tout en prenant ma défense contre ses camarades qui voulaient faire de moi leur goûter. Pas besoin d'être Shakespeare ou Jerome Robbins pour savoir que ça allait mal finir. Nous étions jeunes et nous nous jurions de parcourir le monde, en nous nourrissant de feuilles et d'eau fraiche... rien que d'y repenser, j'en suis toute retournée. Jusqu'au soir où un de mes camarades de classe Dimitri, girafon belliqueux fracassa le crâne de Jeffrey d'une ruade, me privant à jamais de cet amour unique et impossible.
Alors, vous comprendrez que revoir toute sa jeunesse racontée sur l'écran par des jeunes minets en chemise colorée qui tortillent de la croupe avant de se mettre des coups de couteau, c'est non seulement cruel et douloureux pour moi mais surtout quel exemple pour la jeunesse...
C'est les yeux bien rouges que je ressortis de la salle de cinéma en ce samedi après-midi, tandis que les parents nombreux attendaient dans la rue que leurs petites filles veulent bien me lâcher les ossicônes. Je décidai de leur montrer mon plus profond mépris en allongeant le cou vers le lampadaire et remontai la rue en direction du centre-ville en pensant à Jeffrey et ses chansons...
(girafe média : déjà vu !)
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