
La salle du Cinématographe est comble. Beaucoup de petites filles déposées le temps des 2h32 par leurs parents et une seule girafe, votre serviteuse, fidèle du dernier rang. Je vous passe les exclamations admiratives et interpellations de ces enfants à mon attention, certains poussant même la curiosité à venir me caresser la nuque. Les clichés animaliers ont la peau dure, tout comme nous, et les humains se croient toujours obligés de nous peigner quand ils nous rencontrent... Alors qu'ils feraient mieux de surveiller ce que regarde leur progéniture dans les salles obscures, car enfin, soyons raisonnables. Certes, il y a la musique de Bernstein qui me flanque la chair de poule tout le long du cou, et les robes colorées, mais le reste n'est que vengeance, luxure et apologie de la violence urbaine. Ce genre de choses ne passerait pas chez nous, girafes ô combien pacifiques. Oui, je sais, il y a l'amour de Maria, Maria, Mariiiiiiiiiiiiiaaaaaaa pour le jeune minet Tony, et je me suis prise moi-même dans ma jeunesse, à l'âge où l'on ne connait pas le danger, à vouloir conter fleurette à un jeune lionceau au regard troublant (son père avait doublé Clarence dans Daktari) et mon cœur a maintes fois chaviré à la vue de son corps musculeux dans la savane, encore frêle mais déjà intimidant. J'ignorais tout de ce qui nous sépare de sa famille depuis des siècles, je ne pouvais pas deviner que la nature, dans sa cruauté, nous avait faits ennemis héréditaires. Je l'aimais moi ce Jeffrey. Oui, il s'appelait Jeffrey et était végétarien, ce qui écartait tout risque pour ma santé. Ah, Jeffrey... Il chantait dans la savane "
I've just met a giraffe named Papouloula, And suddenly that name will never be the same to meee"...
Oui, Jeffrey, non content d'être lion et végétarien, ce qui lui valait des remarques assez humiliantes de ses comparses félins, était aussi anglophone et mélomane. Vous auriez vu sa gueule béante quand il chantait et me jurait son amour, tout en prenant ma défense contre ses camarades qui voulaient faire de moi leur goûter. Pas besoin d'être Shakespeare ou Jerome Robbins pour savoir que ça allait mal finir. Nous étions jeunes et nous nous jurions de parcourir le monde, en nous nourrissant de feuilles et d'eau fraiche... rien que d'y repenser, j'en suis toute retournée. Jusqu'au soir où un de mes camarades de classe Dimitri, girafon belliqueux fracassa le crâne de Jeffrey d'une ruade, me privant à jamais de cet amour unique et impossible.
Alors, vous comprendrez que revoir toute sa jeunesse racontée sur l'écran par des jeunes minets en chemise colorée qui tortillent de la croupe avant de se mettre des coups de couteau, c'est non seulement cruel et douloureux pour moi mais surtout quel exemple pour la jeunesse...
C'est les yeux bien rouges que je ressortis de la salle de cinéma en ce samedi après-midi, tandis que les parents nombreux attendaient dans la rue que leurs petites filles veulent bien me lâcher les ossicônes. Je décidai de leur montrer mon plus profond mépris en allongeant le cou vers le lampadaire et remontai la rue en direction du centre-ville en pensant à Jeffrey et ses chansons...
(girafe média : déjà vu !)
Un film de 2h32 sur la virginité d'une jeune catholique pas bégueule en jupe plissée c'est trop douloureux pour moi : je dois faire des pauses
RépondreSupprimerOui, West side Story c'est comme la pose de la VMC, il faut savoir faire des pauses.
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