J'ai commencé mon rattrapage de retard cinéphilique avec un western. Mais pas n'importe lequel. Un qui commence avec une musique un brin enlevée à vous faire galoper dans les rangées du cinéma. Malheureusement, m'étant suffisamment faite remarquer au dernier rang de la salle obscure où je me destine à lancer ma carrière de chroniqueuse au long cou, je renonçai à cet élan que m'imposait la rythmique du générique d'ouverture. Oui, une girafe dans un cinéma (et qui fait usage du passé simple, de surcroît), ça ne court pas les rues, comme me le faisait remarquer l'ouvreur, qui, du coup m'avait consenti le tarif chômeur. Sa seule exigence était que je m'asseye au dernier rang pour ne pas gêner les autres spectateurs. Je respectai donc sa volonté et décidai comme je l'évoquais à l'instant de me tenir à carreau, ce qui, pour un animal tacheté de mon espèce, est une certaine gageure.
Mais revenons à nos moutons, ou plutôt nos chevaux, vu la place prépondérante de cet animal dans le film qui nous intéresse. Je n'ai jamais vraiment compris cette fascination des humains pour ces bêtes de trait, courtes des cervicales, qui, certes, courent vite, mais demandez-leur donc de détacher une feuille d'acacia à 4,50m de hauteur... passons. Je n'ai jamais été très attirée, entre autres pour cette raison, par les westerns, mais là, je dois dire que j'ai trouvé d'autres attraits à ce monument de la virilité. Je n'avais jamais vu autant de testostérone sur un écran de cinéma. Comme le nom l'indique, ils sont sept, mais la décharge hormonale androgène éclabousse chaque plan. Prenez Yul Brynner, avec sa voix caverneuse et son déhanché sibérien, par exemple. Quand je pense que mes camarades mâles pensent prouver leur masculinité par la couleur de leur pelage... cet homme est chauve mais il fait plus d'effet que le dos nu de Guy Marchand dans Nestor Burma (oui, avant de retourner au cinéma, j'ai beaucoup regardé la télévision française dans les années nonante). N'allez pas croire que mon intérêt pour ce film n'ait été que sensuel... J'ai beau être dépressive, je ne suis pas encore désespérée à ce point-là, même si les perspectives de rencontrer une girafe mâle en Loire-Atlantique sont un peu maigres comme me le rappelait récemment mon analyste breton. Mais, il faut bien avouer que la présence côte à côte, flingue contre flingue de Yul, Steve, Charles, Robert, James, Brad et Horst m'a fait vivre des émotions très fortes. Le seul bémol, qui me rappelle pourquoi j'ai toujours évité ce genre cinématographique, est la façon dont les personnages meurent dans la seconde où ils sont touchés par une balle, à part Brad, qui a encore quelque chose à demander à Yul, mais sinon, c'est assez expéditif. Et 55 morts c'est un peu beaucoup pour mes chastes yeux de girafe, psychologiquement un peu fragile. Surtout que, pour un film américain, je m'attendais à voir les sept gaillards galoper fièrement dans le soleil couchant à la fin, et puis non, ils ne sont plus que deux, même Charles Bronson a mordu la poussière, sûrement faute de moustache dans ce rôle.
(girafe média : pas pour les girafons, des images peuvent heurter)

autre commentaire : beau et touchant
RépondreSupprimerIl croit me revenir que Charles est, dans ce film, l'ami des enfants alors que dans tous les autres c'est plutôt l'ennemi des fils de putes. C'est un peu troublant pour un tel monument de virilité mais c'est touchant, au moins.
RépondreSupprimer@ lovesick : merci !
RépondreSupprimer@ Noyel : Vous avez tout à fait raison, les trois enfants ont d'ailleurs raconté que pour obtenir leurs larmes dans la dernière scène, Charles Bronson avait justement eu recours à leur égard de l'expression à laquelle vous faites allusion et qui n'est pas très flatteuse pour leurs génitrices respectives.
@ Papouloula : il faut dire qu'il y avait sans doute un bon paquet de petits mexicains qui, à cette époque, descendaient de Kerouac et ses potes. Il avait vu juste, le Charles.
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