dimanche 26 janvier 2014

touch of evil (la soif du mal)

Depuis toujours, j'avais refusé de voir ce film d'Orson Welles, malgré mon goût pour ce réalisateur. Mais voilà, il fallait que je sache...
Je pense que nombreux sont les spectateurs qui se demandent comment M. Welles a réussi ce plan séquence interminable et millimétré qui ouvre son film et qui est entré dans la légende du cinéma. Eh bien, parfois, la légende se fait sur le dos d'honnêtes girafes...
Figurez-vous que mon grand-père a tenté sa chance dans les années 50 à Hollywood. Ayant eu des contacts réguliers avec les studios, il apprit que le gros Orson cherchait une solution pour réaliser une scène irréalisable, avec des mouvements de caméra plongeants et au niveau du sol, et eut l'idée de proposer ses services. En effet, en plaçant la caméra sur sa tête, mon grand-père pourrait aisément monter et descendre son cou par-dessus les décors de la scène et donner au maître la possibilité de réaliser cette prouesse. La rencontre entre le réalisateur barbu et la jeune girafe ambitieuse et inventive qu'était mon Pépéloula eut lieu au zoo de Beverly Hills pour éviter d'éveiller les soupçons. Mon grand-père exposa à Orson Welles tout son plan de tournage et ce dernier dut constater que c'était là la solution miracle pour concrétiser son idée scénaristique. Il proposa une forte quantité de fourrage à mon grand-père en guise de rémunération et organisa de nuit le transfert de mon aïeul vers les studios de tournage. On connait l'exigence et la minutie du maître du cinéma américain et mon Pépéloula avait sans doute sous-estimé l'ampleur de la tâche. En effet, les mouvements de caméra s'avérèrent très simples à reproduire pour lui, à part le passage où elle recule dans le carrefour, mon grand-père ayant peur des voitures. Mais il n'avait pas du tout songé au défi que représentait pour les figurants, les véhicules et les acteurs principaux cette scène qui ne fonctionnait que dans sa perfection. A la trente-huitième prise, mon Pépéloula présenta des premiers signes de fatigue, mais Orson demeurait intraitable. "Come on good boy, you can do it!" disait-il pour l'encourager. La trente-neuvième fut la bonne, Welles hurlait de joie au milieu des décors, oubliant l'exploit réalisé par mon ancêtre. Celui-ci, épuisé par tant d'efforts, fit un faux mouvement et se coinça la 13e cervicale juste au moment du "cut". Il dut jusqu'à la fin de ses jours porter une minerve (de 1,50m de long) et en voulut beaucoup à Orson qui ne lui offrit même pas un whisky pour accompagner les 60 kg de fourrage promis. Bref, autant vous dire que dans la famille, la Soif du Mal porte bien son nom... La seule consolation pour mon grand-père fut sa rencontre avec Marlene Dietrich, qu'il admirait, brune pour l'occasion, avec qui il eut une aventure mémorable et fougueuse au grand dam de Charlton Heston, éconduit par la diva du fait de son maquillage mexicain grotesque...
Enfin, si je puis me permettre un avis personnel, je constate que Janet Leigh devrait éviter de fréquenter des motels dans ses films, car ça ne lui réussit vraiment pas...

(girafe média : des idées peuvent heurter, et pas que les cervicales)

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