lundi 17 mars 2014

une femme douce


Premier film français de cette odyssée au long cou(rs), on peut dire que ça commence très fort. Moi qui n'avais jamais vu de films de Robert Bresson et qui souffrais donc d'un sérieux complexe lors des soirées cinéphiles mondaines auxquelles il m'arrive de participer, quand, au détour d'une conversation endiablée, un des convives ne peut s'empêcher de qualifier de "bressonnien" ou de "très Bresson" tel passage d'un film dont il est question. Quand cela arrive, inutile de vous dire que je tasse mes vertèbres autant que possible et que je reprends deux gorgées de whisky (mais sans Xanax) pour ne pas trahir mon inculture. Mais, en sortant d'Une femme douce, je me gausse pas mal...
Si l'héroïne se défenestre dès le début du film, c'est à la sortie qu'on a envie de se jeter sous les roues d'un bus, non pas du même désespoir que la jeune femme incarnée par Dominique Sanda, mais de consternation. En effet, l'héroïne a un gros avantage sur nous, c'est qu'elle meure avant d'avoir vu le film. Nous, en revanche, il nous faut nous avaler le monologue de son veuf de mari face à son corps sans vie qui raconte à la vieille bonne Anna l'histoire de leur mariage, alors que celle-ci a assisté quasiment en direct à toute leur vie commune. On passera sur ce qui a pu plaire à la jeune femme chez cet homme au charisme tout devedjianien et au ton tout "bressonnien", paraît-il, c'est-à-dire, qu'il dégage l'émotion d'un cabillaud demandant l'heure à une huître. On revit donc avec la pauvre bonne, qui demande même de pouvoir prendre des congés, tellement le choc de voir sa maîtresse sauter sous ses yeux mais surtout se taper 1h30 de lamentations du mari lui est insoutenable, et on la comprend, la vie morne et sans issue de ce couple mal assorti qui tue l'ennui devant Hamlet, au cinéma, dans les musées et monte et descend les escaliers, sans doute pour nous faire prendre conscience de la hauteur du balcon fatal. Ce dont je suis certaine, c'est que le film gagnerait à être muet, tant les dialogues sonnent faux, ce qui semble être la marque de fabrique du maître Robert. Cela permettrait de se concentrer sur le cadrage et le soin des images et on éviterait de pouffer à tout bout de champ :

LUI. — Et vous? Que désirez-vous? 
ELLE. — Je ne sais pas. Autre chose, de plus large. Le mariage légal m'assomme.
LUI. — Réfléchissez, des centaines de milliers, des millions de femmes le désirent.
ELLE.— Peut-être. Mais il y a aussi les singes.

Singes que l'on voit dans la scène au jardin des Plantes et que j'ai, personnellement, pour les avoir côtoyés dans ma jeunesse, toujours méprisés.

(girafe média : évitez la projection si vous êtes allergique aux escaliers)

mardi 11 mars 2014

phantom of the paradise (pareil)

Contrairement à vous, les humains, nous, les girafes, ne croyons pas aux fantômes. Pour la bonne et simple raison qu'il est peu probable de trouver une parure de drap de six mètres de long pour se cacher dessous en faisant houhou, alors que mes semblables se manifestent rarement par la parole. En revanche, vous l'aurez compris, les léopards, les félins de toutes sortes, les serpents et les crocodiles, ça nous fait prendre nos pattes à notre cou en moins de deux. C'est donc sans aucune forme d'appréhension que je suis allée voir la version restaurée du chef d’œuvre barock de Brian de Palma, même si l'affiche est pour le moins inquiétante. Mais pour une demoiselle qui, dans ses jeunes années rebelles, tressait elle-même ses bas-résille pour rejouer les grands airs du Rocky Horror Picture Show, il faut bien reconnaitre qu'on est ici en terrain conquis. La même outrance kitsch, le même sens de la parodie avec parfois des similitudes troublantes entre les personnages (du fait du clin d'oeil commun à Frankenstein - on ne saura pas si De Palma avait vu la comédie musicale ou si Jim Sharman s'est inspiré du Phantom sorti un an plus tôt), eh bien oui, je me suis sentie rajeunir, comme si mes taches s'éclaircissaient à nouveau et j'ai dodeliné de la tête tout au long des chansons, ce qui a créé quelques courants d'air et rhumes chez mes voisins de projection. Pour ceux qui finissaient par penser que je fais le fin museau sur tous les grands classiques, je tiens à préciser que, là, je trotte à fond, je tremble avec ce pauvre Winslow, je vibre sur sa musique, bref, comme diraient les girafons, je kiffe ma race. Et puis c'est pas tous les jours qu'on a Faust, Dorian Gray, Frankenstein et Norman Bates dans un même film... Et enfin, Jessica Harper dansant avec ses cheveux lors de son premier passage sur scène, ça donne envie de secouer la croupe dans les allées du Cinématographe... et je ne m'en suis pas privée. Il faut dire que je commence à être une habituée.

(girafe média : youhou !)

lundi 3 mars 2014

bringing up baby (l'impossible monsieur bébé)

Avant de commencer ma chronique sur ce film légendaire, je tiens, une bonne fois pour toutes, à m'exprimer sur la pertinence des traductions de titres de films en français... Voyez celui-ci : L'impossible Monsieur Bébé. Personnellement, ne l'ayant jamais vu avant cette semaine, j'ai toujours cru qu'il s'agissait d'un film où Cary Grant interprétait un adulte régressif, au comportement puéril. J'ignorais que derrière "Monsieur Bébé" se cachait en fait "Baby" et que ce Baby était un... ah, rien qu'à dire le mot, j'en ai la crinière qui se hérisse... un léopard. Alors je veux bien que vous les humains, vous ayez besoin de faire appel à la gent animale pour pimenter vos comédies, ah oui, c'est drôle un éléphant peinturluré dans The Party, une vache au bras de Fernandel, un poisson qui sert de déjeuner, mais là, je crois que vous allez trop loin. Il y a des animaux avec lesquels on ne saurait plaisanter ! Et il faut être sotte comme Katharine Hepburn pour voir en ce Baby un gros chat mignon ! Elle a failli payer très cher sa naïveté, d'ailleurs. Il s'agit d'un léopard, nom de Noé ! Un fauve aussi furieux que sanguinaire, qui n'a de sympathique que son pelage tacheté, et en général quand vous prenez le temps de l'admirer dans la savane vous avez déjà ses crocs qui enserrent votre rotule. Non, j'ai trouvé le choix de cet animal de très mauvais goût. On voit bien qu'il s'agit d'un fourbe. Alors certes, les situations sont burlesques, le rythme est soutenu, le tandem Grant-Hepburn désopilant, mais zut quoi, la prochaine fois, Monsieur Hawks, prenez un lama ou un zèbre, vous m'éviterez des cauchemars à répétition depuis la séance de jeudi et vous ferez autant rire le public.

(girafe média : ce film comporte des images de prédateurs qui peuvent terroriser les girafes, antilopes et autres gazelles)