mercredi 19 février 2014

artists and models (artistes et modèles)

Vous allez me trouver un brin condescendante, mais c'est un peu normal vu les efforts cervicaux que je dois fournir pour me mettre à votre hauteur, chers lecteurs, mais franchement, je trouve la réputation de Jerry Lewis totalement usurpée. Je n'avais jamais vu de films de ses débuts mais, dans Artists and Models, il fait vraiment passer son héritier Jim Carrey pour un clone de Laurence Olivier. Je veux bien que dans les fifties, on se soit contenté de quelques mimiques simiesques (les singes ne m'ont jamais fait rire non plus, remarquez, et c'est pas faute d'avoir grandi au milieu d'eux) et effets de voix pour se remettre à rire après les horreurs des forties mais quand même, je préfère un bon Laurel & Hardy à ces gesticulades hyperactives et outrancières.
Je me considère plutôt bon public, même si vous aurez eu l'occasion de remarquer que j'ai parfois beaucoup de mal à faire la part des choses entre ce qui se passe sur l'écran et ce qui a pu m'arriver dans la savane... mais ne sommes-nous pas tous semblables ? C'est pourquoi j'ai été profondément agacée par le constant recours au strabisme de Mr. Lewis pour ponctuer toutes ses répliques ou répondre à ses partenaires. Oui, s'il y a une chose qui m'agace, moi qui suis pourtant célèbre parmi mes consœurs girafes pour ma mansuétude et ma sérénité (ce qui m'a valu le surnom par ma cousine Zamzoula du zoo de Pékin de "lama céleste de la bonté" - oui, à force d'être entourée de pandas et de tigres, ma cousine pense que nous sommes des camélidés patagoniens, elle a toujours été un peu simplette), s'il y a une chose qui m'agace c'est qu'on se moque des gens qui, comme moi, louchent. C'est suffisamment difficile à vivre au quotidien et j'en ai entendu dans ma courte vie, même si les humains me laissent en paix de ce côté-là, la hauteur me permettant de cacher cette infirmité. Alors, je n'ai pas ri. Je me suis énervée sur mon siège, j'ai raflé la moquette des quatre sabots et ce n'est pas la voix sirupeuse de Dino Paul Crocetti, alias Dean Martin, qui m'a détendue. Je ne suis pas très crooner non plus, désolée. Et puis, entre nous, toute cette histoire est cousue de fil blanc, comme la grenouillère jaune de Shirley McLaine, et je doute que les scénaristes se seraient permis des blagues sur Vincent the Vulture s'ils avaient grandi sous la perpétuelle menace de vautours charognards à la porte de leur chambre ! Je n'en ai pas fermé l’œil de la nuit !

(girafe média : bouh !)

2 commentaires:

  1. C'est bizarre, mais la rencontre au sommet entre Jerry Lewis et vous, fallait pas être Kissinger pour se douter qu'elle deviendrait conflictuelle. Je ne vous ai jamais senti très clown (alors que crooner...).
    Du lointain de mon enfance, cet être luisant et gesticulant m'a laissé un souvenir assez stressant. Laid, contrefait, exagéré, le clown est un monstre et c'est peut-être pour cela que le chef-d'oeuvre de celui dont il est question est "Dr Jerry and Mr Love"...

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    1. Vous savez, cher Noyel, nous avons compris, nous, girafes, que nous approcher des clowns signifie très rapidement nous retrouver dans une cage de ménagerie à regarder des morveux essayer de nous jeter des bouts de pain. Du coup, on se méfie de ces créatures...

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