Revoir Vertigo, c'est toujours un moment unique, si vous me permettez l'oxymore, mais je me sens le cœur à la figure de style aujourd'hui. Ce film que j'ai longtemps peiné à comprendre par manque d'empathie - oui, voyez-vous, l'histoire d'un gars qui a peur du vide, ça nous touche assez peu, nous, les girafes, vu nos valvules de la jugulaire qui régulent l'afflux sanguin dans notre cerveau lors des changements de hauteur - est aujourd'hui un de mes préférés, que j'ai toujours plaisir à redécouvrir sur grand écran. Outre le scénario impeccable, la musique de Bernard Hermann me donne des sueurs froides (ce qui est pour moi la seule explication du titre français), mais est surtout d'un bout à l'autre du film envoutante, tout comme le regard perdu de Kim Novak, alias Madeleine, alias Carlotta Valdes, alias Judy - oui Hitchcock aurait pu appeler son film Schizo. On tremble avec le personnage de James Stewart, on tombe amoureux avec lui, on refuse la vérité, on s'éprend à nouveau et puis on arrête à un moment de s'identifier parce que voilà c'est un homme, souffrant de vertige et un peu dérangé lui-même et je ne suis qu'une giraffa camelopardalis femelle et un brin désenchantée. Mais c'est là le génie du petit Hitch qui nous prend par les tripes et nous balade comme son héros dans les rebondissements et les répétitions du destin de son personnage. Comme je ne vous cache rien, je vous avouerai que, il y a quelques années, pour conquérir le cœur d'un mâle girafe brisé par un chagrin d'amour et inconditionnel de ce film, tout comme moi, je me suis moi-même décoloré les poils des ossicônes pour lui rappeler son ancienne amoureuse. Je n'ai pas réussi à me faire le chignon de Madeleine pour autant, ce qu'il m'a reproché, le mufle. Oui, vous l'aurez compris, je ne suis pas souvent tombée sur des gentlemen. Mais je me suis consolée très vite en me disant qu'il aurait pu être fan de Psycho et rendre fatale ma toilette quotidienne.
(girafe média : un sommet !)
mercredi 26 février 2014
all that heaven allows (tout ce que le ciel permet)
Un fidèle lecteur m'avait recommandé la projection de ce film de Douglas Sirk, dont j'ignorais tout. Je me rendis donc au Cinématographe sans préjugés mais avec quelques feuilles d'eucalyptus, puisque des spectateurs s'étaient plaint de mon souffle aigre pendant les séances précédentes. J'imagine que mon lecteur et conseiller pensait me délivrer un message subliminal avec cette histoire de veuve qui peine à accepter son amour pour un beau jeune homme plus jeune qu'elle, face à la pression de ses enfants et de sa communauté conservatrice. Sans doute, essayait-il de me dire avec ses mots : "Voyons, Papouloula, cesse de déprimer et de te languir, trouve-toi un petit girafon bien musclé avec qui élaguer quelques arbres et te réchauffer pour l'hiver..." Tant de sollicitude me touche, certes, mais, je l'ai déjà dit, c'est pas les membres de mon espèce qui courent les rues à Nantes, et ce n'est pas moi qui fait le fin museau en restant célibataire. Et puis, je ne suis pas veuve, je n'ai pas d'enfants, et il n'est pas né celui qui me séduira en coupant du bois, alors que j'arrache les branches très bien toute seule ! Après en avoir parlé avec lui, à l'issue de la projection qui m'a laissée fort pantoise, je comprends qu'il voulait plutôt combler un vide de ma culture cinématographique en matière de mélodrame. Puisqu'il s'agit d'un chef d’œuvre du genre, parait-il. Oh depuis, j'ai pris des cours du soir en la matière, et il est vrai qu'une fois qu'on a accepté tous les codes kitsch et tire-larme du scénario, les plans sur la nature et les chevreuils qui cherchent à manger dans la neige, c'est très certainement un chef d’œuvre, mais, et ça restera entre nous, je suis passée complètement à côté. Ce film m'aura au moins permis de voir que je ne suis pas la midinette que je croyais, la larme toujours prompte, ce qui me vaut des reproches de mes voisins, car une larme qui tombe de 3m de haut sur votre crâne, vous la sentez passer ! Je suis ressortie plus perplexe que bouleversée, totalement insensible au bronzage de Rock Hudson le jardinier et incapable de voir ce qu'il y avait de magistral dans ce film à part un soin des couleurs qui m'a fait plusieurs fois penser à Mary Poppins, sauf qu'à défaut de s'envoler, le héros se ramasse dans un gros tas de neige. Mais je reste sceptique sur la base du scénario et l'histoire de cette femme mûre, car, voyez-vous, chez nous les girafes, on n'a jamais trop pu saquer les cougars...
(girafe média : mouais...)
(girafe média : mouais...)
mercredi 19 février 2014
artists and models (artistes et modèles)
Vous allez me trouver un brin condescendante, mais c'est un peu normal vu les efforts cervicaux que je dois fournir pour me mettre à votre hauteur, chers lecteurs, mais franchement, je trouve la réputation de Jerry Lewis totalement usurpée. Je n'avais jamais vu de films de ses débuts mais, dans Artists and Models, il fait vraiment passer son héritier Jim Carrey pour un clone de Laurence Olivier. Je veux bien que dans les fifties, on se soit contenté de quelques mimiques simiesques (les singes ne m'ont jamais fait rire non plus, remarquez, et c'est pas faute d'avoir grandi au milieu d'eux) et effets de voix pour se remettre à rire après les horreurs des forties mais quand même, je préfère un bon Laurel & Hardy à ces gesticulades hyperactives et outrancières.
Je me considère plutôt bon public, même si vous aurez eu l'occasion de remarquer que j'ai parfois beaucoup de mal à faire la part des choses entre ce qui se passe sur l'écran et ce qui a pu m'arriver dans la savane... mais ne sommes-nous pas tous semblables ? C'est pourquoi j'ai été profondément agacée par le constant recours au strabisme de Mr. Lewis pour ponctuer toutes ses répliques ou répondre à ses partenaires. Oui, s'il y a une chose qui m'agace, moi qui suis pourtant célèbre parmi mes consœurs girafes pour ma mansuétude et ma sérénité (ce qui m'a valu le surnom par ma cousine Zamzoula du zoo de Pékin de "lama céleste de la bonté" - oui, à force d'être entourée de pandas et de tigres, ma cousine pense que nous sommes des camélidés patagoniens, elle a toujours été un peu simplette), s'il y a une chose qui m'agace c'est qu'on se moque des gens qui, comme moi, louchent. C'est suffisamment difficile à vivre au quotidien et j'en ai entendu dans ma courte vie, même si les humains me laissent en paix de ce côté-là, la hauteur me permettant de cacher cette infirmité. Alors, je n'ai pas ri. Je me suis énervée sur mon siège, j'ai raflé la moquette des quatre sabots et ce n'est pas la voix sirupeuse de Dino Paul Crocetti, alias Dean Martin, qui m'a détendue. Je ne suis pas très crooner non plus, désolée. Et puis, entre nous, toute cette histoire est cousue de fil blanc, comme la grenouillère jaune de Shirley McLaine, et je doute que les scénaristes se seraient permis des blagues sur Vincent the Vulture s'ils avaient grandi sous la perpétuelle menace de vautours charognards à la porte de leur chambre ! Je n'en ai pas fermé l’œil de la nuit !
(girafe média : bouh !)
Je me considère plutôt bon public, même si vous aurez eu l'occasion de remarquer que j'ai parfois beaucoup de mal à faire la part des choses entre ce qui se passe sur l'écran et ce qui a pu m'arriver dans la savane... mais ne sommes-nous pas tous semblables ? C'est pourquoi j'ai été profondément agacée par le constant recours au strabisme de Mr. Lewis pour ponctuer toutes ses répliques ou répondre à ses partenaires. Oui, s'il y a une chose qui m'agace, moi qui suis pourtant célèbre parmi mes consœurs girafes pour ma mansuétude et ma sérénité (ce qui m'a valu le surnom par ma cousine Zamzoula du zoo de Pékin de "lama céleste de la bonté" - oui, à force d'être entourée de pandas et de tigres, ma cousine pense que nous sommes des camélidés patagoniens, elle a toujours été un peu simplette), s'il y a une chose qui m'agace c'est qu'on se moque des gens qui, comme moi, louchent. C'est suffisamment difficile à vivre au quotidien et j'en ai entendu dans ma courte vie, même si les humains me laissent en paix de ce côté-là, la hauteur me permettant de cacher cette infirmité. Alors, je n'ai pas ri. Je me suis énervée sur mon siège, j'ai raflé la moquette des quatre sabots et ce n'est pas la voix sirupeuse de Dino Paul Crocetti, alias Dean Martin, qui m'a détendue. Je ne suis pas très crooner non plus, désolée. Et puis, entre nous, toute cette histoire est cousue de fil blanc, comme la grenouillère jaune de Shirley McLaine, et je doute que les scénaristes se seraient permis des blagues sur Vincent the Vulture s'ils avaient grandi sous la perpétuelle menace de vautours charognards à la porte de leur chambre ! Je n'en ai pas fermé l’œil de la nuit !
(girafe média : bouh !)
dimanche 16 février 2014
get carter (la loi du milieu)
"Do you want to be dead, Albert ?" Voilà une phrase qui fait sourire à condition de réunir les trois conditions suivantes :
1. Vous ne vous appelez pas Albert
2. La personne qui vous la dit n'est pas armée (il pourrait se tromper de prénom)
3. Elle est prononcée par Michael Caine dans "Get Carter"
Aaaaah, Michael Caine...
Oui, je vous l'avoue, chers lecteurs, s'il y a un homme qui me fait de l'effet, qui me rend toute chose et qui pourrait me faire penser à fonder une famille avec un humain, c'est bien lui : Sir Michael Caine, même si sa reine ne l'a pas encore anobli, pour moi, c'est le seigneur du cinéma, la grande classe incarnée, le sex-appeal au masculin, bref l'homme idéal. Enfin pour être mon homme idéal, il lui manque quand même 2,50m au niveau de l'encolure, mais bon... Et dans Get Carter, Sir Michael crève l'écran, à chaque image. Nu comme un ver et armé ou courant à toutes jambes dans son imper dans la grisaille bétonnée de Newcastle, il est Carter, ce gangster impeccable, venu venger la mort de son frère sur les lieux de sa jeunesse. Et il ne faillit pas face à toutes ces trognes du milieu provincial anglais, plus hostiles les unes que les autres, à l'accent à couper au couteau (ce qu'il finit par infliger au brave Albert qui n'est pas bien clair dans sa réponse à la question sus-citée). Voilà un film qui inaugure merveilleusement cette décennie bénie du cinéma, avec ses poursuites, ses personnages sans scrupules et ses bandes-son qui vous hérissent la crinière de bonheur. Les admirateurs de Michael Caine retrouveront avec délice sa mimique de souffrance cruelle, quand il achève un ennemi, en retroussant ses narines et en serrant toutes ses dents, les paupières à demi baissées, et la mèche normalement impeccable, soulevée par le vent, non, vraiment, quelle prestance ! Et pour ceux que le jeu de Michael Caine insupporterait (mais comment est-ce possible ?), il y a Britt Ekland, l'ex-Madame Sellers, dans un petit rôle qui confirme l'adage célèbre "Un film avec Britt Ekland ne peut pas être complètement mauvais".
(girafe média : des images peuvent heurter, girafons sensibles s'abstenir)
1. Vous ne vous appelez pas Albert
2. La personne qui vous la dit n'est pas armée (il pourrait se tromper de prénom)
3. Elle est prononcée par Michael Caine dans "Get Carter"
Aaaaah, Michael Caine...
Oui, je vous l'avoue, chers lecteurs, s'il y a un homme qui me fait de l'effet, qui me rend toute chose et qui pourrait me faire penser à fonder une famille avec un humain, c'est bien lui : Sir Michael Caine, même si sa reine ne l'a pas encore anobli, pour moi, c'est le seigneur du cinéma, la grande classe incarnée, le sex-appeal au masculin, bref l'homme idéal. Enfin pour être mon homme idéal, il lui manque quand même 2,50m au niveau de l'encolure, mais bon... Et dans Get Carter, Sir Michael crève l'écran, à chaque image. Nu comme un ver et armé ou courant à toutes jambes dans son imper dans la grisaille bétonnée de Newcastle, il est Carter, ce gangster impeccable, venu venger la mort de son frère sur les lieux de sa jeunesse. Et il ne faillit pas face à toutes ces trognes du milieu provincial anglais, plus hostiles les unes que les autres, à l'accent à couper au couteau (ce qu'il finit par infliger au brave Albert qui n'est pas bien clair dans sa réponse à la question sus-citée). Voilà un film qui inaugure merveilleusement cette décennie bénie du cinéma, avec ses poursuites, ses personnages sans scrupules et ses bandes-son qui vous hérissent la crinière de bonheur. Les admirateurs de Michael Caine retrouveront avec délice sa mimique de souffrance cruelle, quand il achève un ennemi, en retroussant ses narines et en serrant toutes ses dents, les paupières à demi baissées, et la mèche normalement impeccable, soulevée par le vent, non, vraiment, quelle prestance ! Et pour ceux que le jeu de Michael Caine insupporterait (mais comment est-ce possible ?), il y a Britt Ekland, l'ex-Madame Sellers, dans un petit rôle qui confirme l'adage célèbre "Un film avec Britt Ekland ne peut pas être complètement mauvais".
(girafe média : des images peuvent heurter, girafons sensibles s'abstenir)
mardi 11 février 2014
nous sommes tous des girafons danois (tribune)
Je n'avais pas pour objectif d'utiliser ce blog à des fins politiques mais l'heure est grave.
Marius, girafon danois du zoo de Copenhague, autant dire mon petit frère si je n'étais pas fille unique, a été euthanasié en public et jeté comme un vieux BN aux lions devant les caméras, sous prétexte que son patrimoine génétique n'était pas intéressant.
Eh bien, Marius, camarade, tu ne seras pas mort pour rien !
Sache que ta sœur Papouloula, du fin fond de sa pluvieuse retraite, pense à toi et pleure ton assassinat.
Et je prends mes lecteurs à témoin : jamais plus je n'irai voir ni ne chroniquerai un film du danois Lars Von Trier, complice par son silence de ce massacre. Ravalez vos Smørrebrød dégoulinants, Monsieur Von Trier, en espérant qu'ils aient un vieux relent de viande de girafe, et étouffez-vous avec.
RIP Marius. Neck Power!
Marius, girafon danois du zoo de Copenhague, autant dire mon petit frère si je n'étais pas fille unique, a été euthanasié en public et jeté comme un vieux BN aux lions devant les caméras, sous prétexte que son patrimoine génétique n'était pas intéressant.
Eh bien, Marius, camarade, tu ne seras pas mort pour rien !
Sache que ta sœur Papouloula, du fin fond de sa pluvieuse retraite, pense à toi et pleure ton assassinat.
Et je prends mes lecteurs à témoin : jamais plus je n'irai voir ni ne chroniquerai un film du danois Lars Von Trier, complice par son silence de ce massacre. Ravalez vos Smørrebrød dégoulinants, Monsieur Von Trier, en espérant qu'ils aient un vieux relent de viande de girafe, et étouffez-vous avec.
RIP Marius. Neck Power!
jeudi 6 février 2014
manhattan (pareil)
"Dans les rues de Central Park, y a des noirs portoricains..."
Pas moyen de me sortir la chanson d'Yves Simon en attendant la séance de Manhattan, dans une salle archicomble. Yves Simon, pour mes lecteurs nés après 1985, est un auteur-compositeur-interprète et écrivain français connu notamment pour ce vers : "Maman on va cueillir des pâquerettes au pays des merveilles de Juliet, nanananananananana nananananananana". Oui, j'aime aussi la chanson française. Mais ce soir, c'est la musique de Gershwin qui restera ce que j'ai préféré de ce film de Woody Allen, je crois que vous aurez compris que je suis une girafe mélomane. Certes, il y a les images noir et blanc et la très belle photo de Gordon Willis mais franchement, entre nous, le gars Woody ne s'est pas trop foulé... Il y a bien sûr quelques dialogues savoureux, aux punchlines mortelles, comme disent les girafons d'aujourd'hui, mais bon ça se regarde le nombril et ça ronronne un peu le pattes d'eph et la permanente. Vous sentez poindre l'amertume sous le voile tacheté de la déception ? J'attendais mieux de Woody, car l'audace de ses premiers films rendaient l’œuvre d'Allen fraiche, contrairement au souffle un peu chargé de ce film, qui, pourtant ne manque pas de bonnes idées scénaristiques. Mais il m'a manqué le côté sulfureux de l'histoire d'amour de Gene Wilder et Daisy (dans Everything you always wanted to know about sex... but were afraid to ask), par exemple, qui reste pour moi un sommet de sa création. Mais je manque forcément d'objectivité, rêvant moi-même de séduire enfin un jour un humain qui n'ait pas peur de passer son bras autour de mon cou... Et voilà que j'entends les trois dames de l'avant-dernier rang, qui n'ont pas remarqué l'ombre longiligne au-dessus de leurs têtes grisonnantes, s'indigner des dérives morales soulignées dans le film : un couple lesbien qui élève un enfant, un homme mûr qui séduit une adolescente... hé les filles, on se détend, on n'est plus en septante-neuf, que diable... Je ressors du Cinématographe un peu chafouine (et fâchée également de la piètre qualité de la copie) et me jette sur mon tupperware de feuilles d'eucalyptus en fredonnant :
"J'ai rêvé New York, j'ai rêvé New York j'ai rêvé New York
New York City sur Hudson".
(girafe média : peut mieux faire)
Pas moyen de me sortir la chanson d'Yves Simon en attendant la séance de Manhattan, dans une salle archicomble. Yves Simon, pour mes lecteurs nés après 1985, est un auteur-compositeur-interprète et écrivain français connu notamment pour ce vers : "Maman on va cueillir des pâquerettes au pays des merveilles de Juliet, nanananananananana nananananananana". Oui, j'aime aussi la chanson française. Mais ce soir, c'est la musique de Gershwin qui restera ce que j'ai préféré de ce film de Woody Allen, je crois que vous aurez compris que je suis une girafe mélomane. Certes, il y a les images noir et blanc et la très belle photo de Gordon Willis mais franchement, entre nous, le gars Woody ne s'est pas trop foulé... Il y a bien sûr quelques dialogues savoureux, aux punchlines mortelles, comme disent les girafons d'aujourd'hui, mais bon ça se regarde le nombril et ça ronronne un peu le pattes d'eph et la permanente. Vous sentez poindre l'amertume sous le voile tacheté de la déception ? J'attendais mieux de Woody, car l'audace de ses premiers films rendaient l’œuvre d'Allen fraiche, contrairement au souffle un peu chargé de ce film, qui, pourtant ne manque pas de bonnes idées scénaristiques. Mais il m'a manqué le côté sulfureux de l'histoire d'amour de Gene Wilder et Daisy (dans Everything you always wanted to know about sex... but were afraid to ask), par exemple, qui reste pour moi un sommet de sa création. Mais je manque forcément d'objectivité, rêvant moi-même de séduire enfin un jour un humain qui n'ait pas peur de passer son bras autour de mon cou... Et voilà que j'entends les trois dames de l'avant-dernier rang, qui n'ont pas remarqué l'ombre longiligne au-dessus de leurs têtes grisonnantes, s'indigner des dérives morales soulignées dans le film : un couple lesbien qui élève un enfant, un homme mûr qui séduit une adolescente... hé les filles, on se détend, on n'est plus en septante-neuf, que diable... Je ressors du Cinématographe un peu chafouine (et fâchée également de la piètre qualité de la copie) et me jette sur mon tupperware de feuilles d'eucalyptus en fredonnant :
"J'ai rêvé New York, j'ai rêvé New York j'ai rêvé New York
New York City sur Hudson".
(girafe média : peut mieux faire)
dimanche 2 février 2014
citizen kane (pareil)
N'allez pas croire, chers lecteurs, que mon inculture est aussi crasse que ça. J'avais déjà vu, dans ma jeunesse, le monument du grand Orson, film mégalomane sur un mégalomane, écrit, réalisé et interprété par un mégalomane, mais qui fait toujours son petit effet. Il se trouve que, de toute l'intrigue, la seule chose dont je me souvenais était la clé, le mystère des derniers mots du héros "Rosebud". Cette réplique culte - souvent injustement attribuée à Terence Hill répondant à son acolyte attitré, qui lui demandait la couleur de la panthère rose de Blake Edwards - m'avait marquée à l'époque de ma première rencontre avec le film et du coup, dès les premières images, je n'étais plus esclave du suspense voulu par M. Welles et pouvais donc me concentrer pleinement sur les mouvements et les angles de caméra, toujours audacieux, ainsi que le montage et l'enchainement des plans. Y a pas à dire, même à ses débuts, il savait s'y prendre le gaillard. Et j'ai eu plaisir à voir qu'en 1941, il obtenait de meilleurs résultats de ses maquilleurs que la plupart des réalisateurs hollywoodiens d'aujourd'hui, toujours très mauvais quand il s'agit de faire vieillir le personnage principal avec le même comédien. D'ailleurs ce compliment n'est valable que pour Orson, car ses partenaires devaient sûrement, par contrat, lui céder la primeur en loge maquillage, tant le talc est visible dans leurs cheveux ou le trait de crayon censé marqué les rides est grossier. Mais je garde tout de même une tendresse particulière pour ce film, qui a le mérite de mettre en scène deux de mes semblables, que l'on entrevoit dans le jardin de la propriété Xanadu, girafes prêtées par le zoo de Los Angeles et qui ont fini boursouflées par les excès d'alcool et de barbituriques, comme quoi nous sommes une population fragile et avec une grande difficulté à gérer la célébrité. Il est intéressant de noter la passion d'Orson Welles si tôt pour les girafes, puisque, plus tard dans le film, son épouse confond une ombre chinoise de coq avec l'animal qui vous parle, quand on connait, comme vous maintenant, l'importance de ma lignée dans la carrière de ce cinéaste (voir ma chronique de touch of evil). Nul doute que nous aurions fait partie de l'arche d'Orson, si celui-ci avait dû affronter un déluge. Tiens, justement en parlant de luge...
(girafe média : excellente prestation de Belinda (1931-1950) et Zulma (1927-1948) au bout de 7mn - tout public)
(girafe média : excellente prestation de Belinda (1931-1950) et Zulma (1927-1948) au bout de 7mn - tout public)
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